Texte : Alexandra, Photos : Alexandra, Mathias
Les dates sont fixées, du 1er au 20 octobre, nous fermons l’atelier pour cause d’un besoin de prendre l’air ! Il ne fait pas l’ombre d’un doute qu’il s’agit là d’un besoin urgent de voyage à vélo et nul autre ! Cependant, il nous reste encore à trouver une destination, sujet à nombre de débats enjoués.
Bon ! L’Espagne, ça fait quelques temps qu’on la traverse de long en large, puis depuis qu’Alex a de nouveaux pneus en l’honneur des Strade Biance, elle ne parle plus que de Toscane. D’un autre côté, ça fait bien longtemps qu’on n’a pas "tripé"sur les paysages de notre terre de France, mais l’air s’y fait parfois étouffant… comme une envie d’un ailleurs.
Alex me parle de se défoncer la gueule dans le gravier, de se la jouer dur, moi j’ai envie d’me la jouer pépère au milieu de décors oubliés, d’admirer. Et puis, il y a moins d’un mois que j’me suis fait une cheville, le repos est indispensable, a dit le docteur… Alors on se chamaille en même temps que la date butoir se rapproche ; tantôt le format, tantôt la destination, on ne s’en sort pas, à l’unique distinction qu’on rêve tous les deux d’émerveillement et d’intenses émotions, celles que seule l’aventure cycliste permet de ressentir. Le débat a pris d’autant plus d’ampleur depuis que Vincent lui a parlé de son projet d’euro-diagonale Bari-Menton ; et les paysages alors ? Il est vrai qu’en terme de sensation, la longue distance permet d’apprécier une palette d’émotions encore plus grande et promet la découverte de recoins cachés où la souffrance peut devenir extase. L’hésitation est à son comble et nous finirons par nous décider deux jours avant le départ : direction Bari !
Bien évidemment, il n’est d’ordre pour nous de choisir ce qu’on appelle « solution de facilité », en conséquence de quoi nous abandonnons la voiture à Menton, en espérant simplement ne pas se la faire sucrer par la fourrière, pour ensuite prendre moults trains de nuit avec nos vélos et nos bagages, dont notre matériel de camping, exception faite de la popote.
Après tout, ça reste un voyage à vélo et qui dit voyage à vélo dit observation d’étoiles et sac de couchage.
Nous arrivons essoufflés à Bari de beau matin et n’apercevons qu’un ciel gris et un fort vent qui ne présage rien de bon pour la première journée d’Eurodiagonale, puisqu’en effet, des vents soufflant à 70km/h était annoncés pour le lendemain.
Jour 1 : de Bari à Ariano Irpino (85km & 1911d+)
Le départ est lancé à 7h32 devant le marché de la Citta di Bari. Tandis que nous quittons rapidement la ville pour rejoindre de splendides zones industrielles, ainsi que de nombreuses routes jonchées de détritus en tout genre, nous nous heurtons également à la qualité somme toute "fabuleuse" des routes italiennes, ce dont nous avions été prévenu par Gégé le diagonaliste !
Pour la suite, des chemins de terre au milieu de champs d’oliviers et voilà que je me mets à râler, à trouver des prétextes pour s’arrêter, suffisamment pour qu’Alex finisse par perdre patience : « Sérieux quoi ! C’est toi qui as un vélo gravel et c’est toi qui te plaint ! Maintenant, tu roules ! ». Elle finira tout de même par céder à ma proposition de trouver une alternative bétonnée quand elle remarquera que nous sommes en retard sur notre programme. Lorsque bat une heure de l’après-midi, nous constatons qu’il n’y a rien autour de nous pour casser la croûte, pas de restaurant, pas de sandwich, rien ! Ah si, de l’eau, dieu merci ! Le repas sera pris au pied d’une église, sur une place où jouent des enfants et où erre un petit chien soucieux de goûter nos maigres réserves alimentaires. Ainsi, nous finirons par manger tous les fruits que nous trouverons en chemin : raisins, et pommes y passeront pour nous aider à finir la journée. Si nous avons pu profiter un peu à la vue des collines environnantes, il n’y a pourtant pas eu de repos pour le reste de cette première journée.
Affamés, on ne compte plus le nombre de chiens voraces qui nous ont courus après, certains parfois aussi grands qu’Alex et ses 1m50, ni le vent qui s’est mis à souffler en fin de journée, pile au moment où pointe le bout de son nez le dénivelé.
Un restaurant nous attend à l’hôtel, mais pour ma part, je resterais malade de cet effort fourni sans source d’énergie et laisserait Alex engloutit joyeusement lasagnes et viandes grillées à ma place !
Jour 2 : d’Ariano à Cassino (155km & 1417m d+)
Le lever du jour nous laisse contemplatif face à ce ciel rose et ces belles montagnes. Des petits chiots curieux nous sautent dessus à la recherche de jeu et de compagnie. Nous étions prêts pour l’ascension qui nous attendait : un peu moins d’une dizaine de kilomètres et une moyenne de 9%. Une fois celle-ci laissée derrière nous, fiers de nos personnes, nous réalisons que quelques kilomètres d’ascension n’étaient guère nécessaires à la poursuite de notre parcours. Une première dose de retard et une première déception pointent déjà le bout de leur nez alors même que la journée a à peine commencé.
Nous rebroussons chemin, motivés à l’idée qu’il y ait devant nous une longue descente jusqu’à Benevento avec un petit-déjeuner en guise de récompense, sauf qu’une peine n’arrivant jamais seule, la pluie se mit à battre de plus en plus fort au point de se retrouver tremper jusqu’aux os, de ne plus rien voir, de ne pas avancer de peur de glisser, finalement de ne pas profiter de cette vitesse grisante tant attendue !
Que dis-je mon ami, tant de désenchantement ! Voilà maintenant qu’Alex se prend un énorme nid de poule, que son pneu se déchire et que nous nous retrouvons à réparer la crevaison sous la pluie. Ces mésaventures n’étaient que le début. Une fois requinqués par les boissons chaudes, de nouveau sur le chemin, la pluie n’est plus seulement battante, mais torrentielle ! A cela s’ajoute un terrain épuisant fait de pentes entre 15% et 20%, en montée et descente constante. Nous n’avions décidément pas le droit ni de nous sécher, ni de voir, ni de prendre un tant soit peu de vitesse !
A peine partis, nous nous arrêtions déjà pour nous abriter un peu, et si nous nous pensions chanceux de ne pas voir de véhicule sur la route, c’est parce que celle-ci ne menait, si ce n’est qu’à une poignée de villages, qu’à un chantier. Tandis qu’Alex se
met en boule pour se réchauffer, je prends alors le rôle de celui qui tient le duo, et amène les deux vélos de ce chantier traversé, illégalement. Malgré mes efforts, mes encouragements ne fonctionnèrent que temporairement.
Il est une heure de l’après-midi, nous prenons une photo pour l’envoyer à Gégé dès l’entrée du village de Telese terme, devant lequel se trouvait un salon de thé. Alex tremble de froid, remarque que nous n’avons fait que quatre-vingt kilomètres et m’avoue être découragée. La matinée durant, nous payons le prix d’un tracé décidé la veille du départ, l’absence de k-way, ainsi que le poids de la tente dans laquelle nous n’allons pas dormir ce soir.
Cependant, il en faut plus pour abattre une équipe de cyclotouristes soudée, d’autant plus quand les deux membres de cette équipe sont amoureux. Bien qu’Alex était abattue au moment où nous entrions, il ne faisait pas l’ombre d’un doute que cet arrêt n’était pas définitif.
Non seulement, les arancinis de ce pro du parapente nous redonnaient des forces, mais en plus le lieu était parfaitement approprié à notre réunion de crise durant laquelle nous décidons d’écourter et de prendre une route alternative plus courte.
Nous arriverons à Cassino après quatre-vingt deux kilomètres avalés en à peine plus de trois heures, avec pour objectif d’arrêter de courir après le temps pour l’étape suivante, et il est vrai que nous étions bien consolés après la pizza. Alex était même heureuse d’avoir sa première douche chaude depuis que nous sommes en Italie.
Jour 3 : de Cassino à Rome (152 & 1416m d+)
Aujourd’hui enfin la météo est au rendez-vous et nous avançons bien, quel bonheur ! Mine de rien, ça fait du bien au moral !
Gégé nous avait également prévenu du trafic dense pour l’arrivée à Rome, mais le monstre automobile se dévoila plus tôt qu’on ne l’avait espéré. Bien que les conseils de Gégé aidassent tout de même à garder le moral, la situation empirait et bientôt les voitures seront à l’arrêt.
Le monstre automobile, c’est la bête noire d’Alex, qui a déjà connu un grave accident et qui se pétrifie quand la peur l’envahie de trop. Nous avancions laborieusement quand Alex commença à me signaler un problème sur son vélo en criant d’une voix larmoyante, néanmoins couvert par le bruit des moteurs. Je m’énervais et m’impatientais bien qu’elle dérailla une première fois, puis une seconde, jusqu’à ce qu’elle m’affirme ne plus pouvoir pédaler.
J’embarque son vélo là où nous avions assez d’espace pour inspecter et constate avec stupéfaction que le petit plateau de son pédalier est brisé en deux ! Chaque galère rencontrée est pire que la précédente ! Pourra-t-on seulement pédaler une journée sans encombre ?
Nous passâmes plusieurs heures chez un vélociste, tentâmes d’en appeler d’autres, mais rien n’y fait. Devant cette même boutique, nous réparons une crevaison, car rouler en périphérie italienne, c’est rouler sur une infinie de morceaux de verres. Finalement, une fois passée l’idée d’abandonner, vient celle de changer de trajet pour éviter le dénivelé afin de poursuivre le voyage sur la plaque. Pile à ce moment, on apprend que Cicli Castellaccio sera notre sauveur et qu’il nous attend demain.
Nous dormirons à Rome, la panse pleine de pâtes et de bière, en attendant notre miracle.
Jour 4 : de Rome à Albinia (175km & 1000 m d+)
L’ouverture est prévue à 10h, la grasse mat’ est à l’honneur, seulement, il y a bien moins de kilomètres réalisés au compteur qu’initialement prévu. Face à ce constat, nous avons décidé de tout de même changer d’itinéraire dans l’espoir de rattraper notre retard.
Insouciants et heureux, le trafic devient un jeu, nous reprenons la route à midi avec un arrêt au Colisée, après notre passage chez Cicli Castellaccio ; boutique semblable à un musée du cyclisme professionnel ! Merci à Fédérico !
Avant même que nous quittions Rome, nous sommes contraints de nous arrêter pour une crevaison qui ne parviendra pas à freiner notre dynamique. Le vent se lève, sans que nous le réalisions et après un super arrêt restaurant, il souffle comme un diable en plein dans notre face !
Et comme si ce n’était pas suffisant, un dense trafic nous laisse peu d’espace. Le moral nous faisait vraiment défaut et une nouvelle décision s’imposa : nous dormirons en bord de mer dès 19h, pour ensuite manger et repartir afin de rouler de nuit.
Le vent était tombé et Alex donnait le rythme. Nous étions même en avance sur l’horaire d’arrivée, mais voilà que notre GPS nous envoya dans des sentiers de boues à travers champs. Il ne nous restait qu’une vingtaine de kilomètres et pourtant, nous avons été embourbés, nous avons passé une rivière, et avons finalement atterri sur un terrain privé.
Effrayés à l’idée qu’un chien ou qu’un fusil s’agglutine à nos personnes, nous sommes parvenus à passer par-dessus le portail et à arriver à destination, bien que tard dans la nuit.
Jour 5 : d’Albinia à Marinia di Massa ( 227km & 737m d+)
Ce matin, nous sommes contents à l’idée de repêcher une partie de nos kilomètres manquants, mais ce ne sera pour autant pas à tête reposée car le vent ne cessera de faire barrage à nos desseins ! La matinée fût néanmoins fort agréable ; l’après-midi sera, elle, fortement désagréable. Comme si la présence du vent n’était pas suffisante, le monstre automobile était lui aussi omniprésent et nous laissait toujours moins d’espace. Nous avons alors développé une stratégie mentale afin de parvenir à notre objectif : boules Quies, tête dans le guidon et musique chacun de son côté, même si nous n’entendions presque rien, ça nous maintenait.
Puisque la nourriture était le réconfort de ce voyage , à Pise nous avons vainement profité d’une visite nocturne de la ville en passant devant la Tour après avoir dévoré une pizza ! Pour la suite, nous finirons de nuit, en profitant de discussion au milieu d’hôtels et plages luxueuses, de routes larges et inoccupées – quel bonheur, après avoir été écrasé la journée durant -, de l’air marin, sans oublier les sentiers de gravel. Par ailleurs, comme il est de tradition lors de nos aventures de longue distance, je n’oublierai pas de donner un coup de guidon pour envoyer Alex dans les orties, ce qui la laissera un peu fâchée !
Nous arriverons éreintés à notre hôtel sans connaître le privilège d’une douche chaude.
Jour 6 : d’Albinia di Massa à Finale Ligure (204km & 1883m d+)
La vocation du jour est simple : atteindre le premier col du périple depuis que nous avons quitté Rome, il Passo del Bracco.
S’il s’agit d’un petit col culminant à 615 mètres de haut, il nous faut néanmoins grimper depuis le niveau de la mer et subir le tintamarre automobile, coutumier à chacun de nos départs matinaux. Plus nous approcherons le col, plus le calme et le plaisir propre à ce type d’ascension dévoileront leur visage. Nous avons, à raison, pris notre temps afin de contempler et manger. La route panoramique nous offrait des vues splendides.
Pour le reste de la journée, nous serons accompagnés de ce même traditionnel vacarme routier, de ces interminables montées-descentes, qui nous empêchait d’apprécier le paysage Mar e Monte à sa juste valeur.
A Gênes, nous goberons un maigre sandwich et ferons quelques réserves pour attaquer la ride nocturne. Alex appréciait véritablement rouler de nuit ; elle appréciait le son des vagues, les voitures qui se font rares, les lumières des réverbères, la fermeture des bars et surtout la tranquillité. C’était une bénédiction de pouvoir être enfin tranquille, sa cadence de pédalage supportait toute l’énergie de notre duo. Elle finit par rouler trop vite pour moi, je me sentais affaibli par la faim.
Arrivés au logement minuit passé, on a dévoré un kebab !
Jour 7 : De finale Ligure à Menton (100 km / 605m d+)
Alex avait vu sur la carte qu’il y avait une piste cyclable assez longue, mais nous ne pouvions imaginer qu’il s’agirait d’une piste cyclable de rêve !! Nous avions imaginé une piste cyclable à l’image des routes de l’intérieur du pays, sur les trottoirs et cabossées, par conséquent, on se voyait déjà prendre la route au milieu de ces bêtes motorisées, mais quel plaisir ne se fit donc pas ressentir à la sensation de sécurité, de l’espace cycliste, du soleil sur la peau et surtout, du vent dans le dos ! Il aura donc fallu attendre le dernier jour pour enfin qu’une étape se déroule sans pépin. Cette route cyclable avait comme une odeur de mérite !
Lorsque le soleil ne battait pas la peau, nous étions sous des tunnels éclairés et si plaisants. Il y était narré des histoires cyclistes, le tout accompagné de musique tant dansante que relaxante. Quel bonheur ! Des vélos en tout genre, partout ! Malgré tout, nous n’avions pas encore rompu avec nos mésaventures puisqu’une guêpe concéda son dard dans ma peau. Une douleur intense me suivra jusqu’à la fin de cette Eurodiagonale malgré la pause limonade valant son pesant d’or.
C’est presque trop beau à dire, mais nous passâmes les tunnels sans encombre jusqu’à la frontière où notre arrêt photo signera notre triomphe !
Maintenant, place à la bouffe !
1 : L’Euro-diagonale de Vincent et Michel : https://us-colomiers-cyclotourisme.fr/l-eurodiagonale-bari-menton-de-vincent
2 : Information sur les Eurodiagonales : https://gegediagonaliste.fr/randonnees/recits-eurodiagonales/eurodiagonale-explication/
3 : Le Menton-Bari de 2015 : https://us-colomiers-cyclotourisme.fr/bari-menton-2015








